Dans le Livre blanc “12 propositions pour un véhicule plus sûr” paru il y a près de dix-huit mois, la sécurité routière, la direction des risques professionnels de la caisse nationale de sécurité sociale des travailleurs salariés (CNAMTS) et d’autres instances réunies au sein du “Copil“, le Comité de pilotage pour la prévention du risque routier professionnel, préconisent, entre autres, comme équipements de sécurité un airbag conducteur et un airbag passager et une vraie séparation entre le poste de conduite et le compartiment marchandises sur tous les VUL. L’arrivée des nouvelles générations des Citroën Berlingo, Peugeot Partner et Renault Kangoo n’était-elle pas l’occasion pour les constructeurs français de se montrer “vertueux“ en “donnant l’exemple“ ?

Citroën Berlingo Génération 2008

Combien de temps faudra-t-il encore  pour que les constructeurs automobiles présents sur le marché français considèrent les véhicules utilitaires légers (VUL) comme des outils de travail au même titre qu’une machine-outil ? Pourquoi les pouvoirs publics, à commencer par le Ministère du travail, ne les mettent-ils pas dans l’obligation de rendre plus sûrs encore les VUL en les équipant (au moins) comme les véhicules de tourisme avec deux airbags aux places avant et un ABS ? Ne doivent-ils pas aller plus loin et décider qu’aucun VUL ne puise être commercialisé sans tous les équipements adéquats, une “vraie“ cloison de séparation, un ESP (comme c’est le cas en Allemagne) et pourquoi pas aussi un détecteur de pression des pneumatiques quand on sait que l’éclatement d’un pneumatique est l’une des principales causes d’accident des fourgonnettes ?

Des entrées de gamme équipés a minima

Les trois constructeurs français viennent de lancer de nouveaux modèles qui auraient pu — auraient du avons-nous l’envie d’écrire ! — prendre de l’avance en les dotant des dernières aides électroniques à la conduite. En entrée de gamme, que ce soit sur le Citroën Berlingo, le Peugeot Partner ou le Renault Kangoo, il n’en est rien. Dommage. Plus grave peut-être : l’argument avancé pour ne pas avoir fait ce (grand) pas en avant n’est pas sérieux. “Chez Citroën, explique Gilles Michel, directeur général de la marque interrogé à l’occasion de la présentation du Berlingo, nous n’avons de leçon de “vertu“ à recevoir de personne. Nous n’avons nullement à rougir de ce que nous faisons en matière de sécurité. L’ABS est en série sur tous nos véhicules utilitaires et sur le nouveau Berlingo nous proposons en option un deuxième airbag de 120 litres pour protéger les deux passagers, l’ESP, de nombreuses possibilités d’aménagement du compartiment arrière et même un détecteur de pression des pneumatiques, une première dans cette catégorie de véhicules“. On peut sans doute aussi avoir un ESP, mais le problème n’est pas là !

 

Des arguments irrecevables

 

Le Kangoo Express compactPourquoi ne pas mettre au moins le deuxième airbag en série comme cela se fait sur la version VP du Berlingo, un superbe ludospace qui a un petit air sympathique de SUV ? “Parce que sur le marché de la fourgonnette, l’équation prix/prestations est extrêmement tendue”, répond Gilles Michel…mais ses collègues de chez Renault ou de chez Peugeot aurait fait de même. Traduction : les marchés des grandes flottes se jouent à quelques dizaines d’euros par véhicule, Fiat, Ford y arrivent avec des prix concurrentiels, nous ne pouvons pas prendre le risque de perdre un marché.Gestionnaires de flottes, vous avez bon dos car il y a belle lurette que vous vous se préoccupez de sécurité et que vous considérez les VUL comme un outil de travail ! Quand les constructeurs plaident que tant que les appels d’offre des entreprises, publiques et privées, n’exigeront pas plus d’équipements, ils ne voient pas pourquoi ils iraient au-delà du minimum demandé, on peut se demander de qui ils se moquent. Je n’ai pas la réponse, mais  je souhaite que ce ne soit pas de la Capeb qui fait tant d’efforts dans le cadre de son partenariat avec la délégation interministérielle à la sécurité routière et la CNAMTS pour la mise en place de système de sécurité passive dans les VUL, mais aussi d’aménagements intérieurs (cloisons de séparation habitacle/chargement, moyens d’arrimage…) sécurisés avec pour objectif de réduire les accidents routiers des artisans dans le cadre du travail. En effet que concèdent les constructeurs en coulisses” ? Que les acheteurs des mini-fourgonnettes et des fourgonnettes sont aussi des artisans et que ces derniers n’ont que faire de la sécurité et ne regardent que le prix. De plus, autre raison des plus contestables, ils sont le plus souvent seuls à bord. Le plus souvent… pas toujours. Quand ils ont un passager, si l’on comprend bien, il prend la place du mort… au sens littéral dans de trop nombreux cas. Il est temps, grand temps que l’hypocrisie cesse.

MH

Cet article a été posté le Dimanche, 4 mai, 2008 à 18:28.
Catégories: Mobilité, Produits, Sécurité.

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